Titre

Golden Dawn

Austin, Texas, 1966.
Dans ce territoire largement redneck, les Beatles et les Stones arrivent à peine à percer les ondes radiophoniques qui restent largement squattées par la Country Music, Elvis Presley et Buddy Holly. Il ne fait pas bon avoir les cheveux longs quand on est un garçon. C’est quand même moins dangereux que d’être simplement noir de peau, mais les risques encourus par les rebelles chevelus sont physiques et les intimidations quotidiennes. Pourtant, un petit groupe d’enragés, originaires des quartiers pauvres, carbure au LSD, peyotl ou autres champignons hallucinogènes et essaye de faire entendre son rock psychédélique dans les quelques clubs qui les acceptent, comme le Jade Room et le New Orleans Club. A la pointe de ce mouvement naissant, il y a les 13th Floor Elevators qui sortent leur premier album The Psychedelic Sounds Of… cette année-là. Mais je vous parlerai du dérangé Roky Erickson et de ses acolytes une autre fois. Aujourd’hui, focus sur un autre groupe devenu culte : The Golden Dawn.

My Time par Golden Dawn

Sur My Time, en direct dans vos oreilles, le chanteur règle ses comptes avec son père, attaché au monde matériel quand lui, l’esprit ouvert par les drogues, ne pense qu’à se libérer des entraves de la réalité et affirme que c’est à lui de prendre les rênes de sa vie, puis du monde. Outre la mélodie catchy et rageuse, ce morceau est remarquable par sa batterie aux roulements frénétiques appuyés par des feedbacks bien placés, son riff dans lequel il y a un peu de Gloria sur les bords et son solo psyché-surf très réussi.

Les amateurs éclairés retrouveront dans le rythme, la mélodie et, surtout, dans la voix, de vrais faux-airs de 13th Floor Elevators et ce n’est ni une honte, ni un scandale, ni un plagiat et encore moins un hasard.

George Kinney, leader et chanteur de Golden Dawn, a grandi dans le même quartier que Roky Erickson, Austin South, quartier difficile où jouer des poings est souvent nécessaire. Ils se connaissent depuis l’enfance, ont fréquenté la même école, lu les mêmes livres d’horreur et de science-fiction, écouté les mêmes disques, monté un groupe garage ensemble en 1964, the Fugitives, apprécient l’un comme l’autre les voyages psychédéliques et ont une foi absolue dans l’introspection, sensée libérer l’homme de son aliénation matérielle (du moins, c’est vrai pour Roky jusqu’à ce qu’il croit être originaire de Mars, commence à avoir des conversations avec Buddy Holly, mort en 1959, et soit finalement interné en asile psychiatrique).

Après les Fugitives, Roky Erickson monte the Spades avec lesquels il enregistrera une première version séminale de You’re Gonna Miss Me, chanson qui, retravaillée, ouvrira le premier album des 13th Floor Elevators.
George Kinney rejoint the Chelsea, groupe de reprises composé de musiciens aguerris. Mais ce groupe de balloche se sépare lorsque le bassiste est appelé sous les drapeaux. En 1966, George Kinney répond à une annonce affichée sur les murs de son lycée et, grâce à son expérience et ses talents d’écriture, il devient le leader du jeune groupe composé de Tom Ramsey (guitare solo), Bill Hallmark (basse), Jimmy Bird (guitare rythmique) et Bobby Rector (batterie).
Ils choisissent de s’appeler the Golden Dawn (Aube Dorée en français).

Rassurez-vous, rien à voir avec l’organisation néo-nazi du même nom qui infeste et pourrit la Grèce en ce moment. Les jeunes Texans sont férus d’ésotérisme et ce nom est une référence directe à une société secrète anglaise de la fin du XIXe siècle, the Hermetic Order of the Golden Dawn, école consacrée à l’étude et l’enseignement des sciences occultes, kabbale, alchimie, tarot, astrologie et autres fadaises plus ou moins magiques (mais plutôt moins). Parmi les membres de cet ordre, on trouvait Robert Louis Stevenson, Bram Stoker ou encore le poète Yeats qui en fut même un Grand Maître. Lovecraft, pour créer son univers d’épouvante si personnel, se serait basé sur plusieurs écrits de cette société secrète ou de certains de ces membres, comme Algermon Blackwood, auteur d’histoires de fantômes, et Arthur Machen, auteur du Grand Dieu Pan qui inspira directement le dieu maléfique et extra-terrestre Shub Niggurath (je le précise pour les connoisseurs du monde Lovecraftien fans de 60’s punk, salut Fred).

Mais revenons à nos moutons Texans chevelus.
Par l’intermédiaire des 13th Floor Elevators, the Golden Dawn sont signés chez International Artists début 1967. Le label les envoie rapidement en studio pour enregistrer leur premier album, sans même passer par la case single. Le disque, Power Plant, avec sa pochette qui est en soi une apologie de la drogue avec la représentation de feuilles de cannabis et de champignons, est prêt dès le mois de juin. Mais Lelan Rogers, fondateur et producteur de International Artists, a décidé de sortir le second album des 13th Floor Elevators, Eastern Everywhere, alors en cours d’enregistrement, avant Power Plant. Alors the Golden Dawn devront attendre plusieurs mois. Les deux disques sortent finalement à quelques semaines d’intervalle, novembre 1967 pour le premier et janvier 1968 pour le second. Cette inversion chronologique vaudra à Golden Dawn une image tenace de suiveur-copieur pas tout à fait méritée.

Même si les ressemblances sont troublantes et que les 13th Floor Elevators furent une influence assumée, les deux groupes sont en fait surtout sur la même longueur d’onde et Roky Erickson citera souvent Power Plant comme un de ses albums préférés (mais c’est George Kinney qui dit ça aujourd’hui…). En vérité, on peut noter au moins une différence indéniable entre les deux orchestres : the Golden Dawn sont moins énervés, plus apaisés que les 13th Floor Elevators et la voix de George, bien que proche de celle de Roky Erickson, est plus fragile et ses mélodies sont plus douces. Pour preuve, This Way Please, ballade très réussie (en écoute plus bas) dans laquelle George, sous couvert de raconter l’histoire d’une séparation, invite les auditeurs à modifier leur point de vue sur le monde par une évolution psychologique et spirituelle…

International Artists ne fait aucun effort pour soutenir la sortie du disque qui passera très peu à la radio. Les quelques auditeurs entendent une copie des 13th Floor Elevators (qui sont de vraies stars chez les hippies Texans) et Power Plant se vendra très peu. Comble de malchance, le contrat signé avec le label interdit au groupe de faire des concerts qui ne sont pas organisés par la maison de disque et comme celle-ci ne se bouge pas des masses, les Golden Dawn ne feront que quelques apparitions à Austin et Houston devant un public de plus en plus clairsemé.

Bref, le groupe périclite doucement avant de se séparer en 1969 sans sortir aucun autre enregistrement. Le côté positif des choses, c’est que Power Plant est aujourd’hui un album culte, piètre consolation pour eux, plaisir sans faille pour nous…

This Way Please par Golden Dawn

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