Les Three O’clock
Au début des années 80, sur la côte Ouest des Etats-Unis, le méchant hard-rock testostéroné, avec ses chanteurs castrats en collants multicolores, et le vilain hard-core violent avec ses crêteux hurleurs, tatoués et piercés, tiennent le haut du pavé. Sur toute la côte Ouest ? Non, car il reste un petit village d’irréductibles !
En 1981, Michael Quercio (basse, chant) monte un petit trio rock, The Salvation Army, avec deux amis qui ne feront pas long feu et avec de fortes influences psychédéliques et une énergie bubblegum juvénile qui, elles, feront plus long feu.
Après quelques mouvements de personnel et un changement de nom imposé par la véritable Armée du Salut, Three O’Clock voit le jour mi 1982 avec Louis Guttierez à la guitare Mike Mariano à l’orgue, Danny Benair à la batterie et Michael Quercio à la basse et au chant.
Mais pourquoi avoir choisi ce nom ? C’est l’heure à laquelle le groupe répétait.
Leur enthousiasme et leur gout pour la pop sixties feront des émules et, bientôt, à Los Angeles, se forme toute une petite scène, nommée Paisley Underground par Michael Quercio lors d’un interview, composée des Dream Syndicate, Green On Red, Pandoras, Rain Parade ou des plus connues Bangles.
Quelques groupes actuels, comme Mercury Rev ou Grandaddy, revendiquent avoir été influencés par le Paisley Underground et David Roback, la moitié masculine de Mazzy Star a commencé sa carrière au sein des Rain Parade.
Cette petite scène aura également une influence immédiate et plus inattendue sur la personne de Prince. Le nom de son label, Paisley Park Records, est directement inspiré du Paisley Underground. Son album de 1985, Around the World in a Day, est le plus psychédélique de tous. Il signera les Bangles et composera pour elles Manic Mondays qui fera un tube international.
Dans la foulée, il signera ensuite Three O’Clock (sans même les avoir vu ou entendu d’après la légende, parce qu’il était fan de longue date d’après le batteur Dany Benair) et il leur composera également un morceau Neon Telephone. Mais le meilleur du groupe se trouve bien avant cet épisode princier de 1988.

Au gré des disques (4 albums et 1 EP en tout entre 1982 et 1988), les influences psychédéliques et garage disparaitront malheureusement au profit d’une production années 80 (ce sale son de batterie et ces synthés crainteux si reconnaissables) et de compositions plus variétoches que pop.
Mais sur les trois premières galettes (le EP Baroque Hoedown de 1982, Sixteen Tambourin de 1983 et Arrive Without Travelling de 1985) on peut goûter une pop légère et acidulée du meilleur tonneau.
La petite voix aigüe de Michael Quercio, espèce de croisement entre un canard et Mickey Mouse, peut en refroidir plus d’un mais, lorsqu’on arrive à passer outre voire à s’habituer comme c’est mon cas, on peut apprécier les compositions subtiles, popinettes et parfois punchy (pour certains morceaux des débuts).
Fall To The Ground, extrait de Sixteen Tambourins, est assez typique du son Three O’Clock : un rythme entrainant, une mélodie léchée, des chœurs polyphonique et une guitare cristalline. De la bonne pop, quoi !