Les Stairs
Liverpool, 1992. En descendant quelques volées de marches jusqu’en 1966-67, les Stairs, loin de se rapprocher de leurs glorieux ancêtres aux 27 number one hits, jettent en fait un pont entre leurs compatriotes La’s et Corals. Ils empruntent aux La’s une certaine rugosité, des rythmes basiques et appuyés, des mélodies efficacement surprenantes et un accent trainant de lad. Les Corals leur empruntent l’inspiration sixties décomplexée et les compositions débridées avec de grandes plages intenses qu’on sent basées sur des improvisations sauvages. Tous les trois sont fortement inspirés par le rock anglais ou américain des années 65-67.
Piochant sans vergogne dans les hits sixties punk, ici la ligne de basse de Loose des Stooges ou le riff de Kick Out The Jams du MC5, là les paroles de Sweet Young Thing du Chocolate Watchband, ailleurs la suite d’accord du couplet de Thoughts And Words des Byrds ou encore des solos d’orgue totalement psyché-barrés à la early Pink Floyd et, par moment, des ambiances façon Kinks, les Stairs n’en ont pas moins une identité bien personnelle. La voix du chanteur y est pour beaucoup, tout le monde n’a pas le timbre d’un ours enroué et asthmatique. Mais leur son simple, rêche et brutal ainsi que leur jusqu’au-boutisme musical et leurs compositions intelligentes n’y sont pas pour rien non plus.

En 1990, après avoir officié quelques temps auprès de l’ancien Echo and the Bunnymen Ian Mc Culloch, le bassiste chanteur compositeur, Edgar Summertyme forme les Stairs avec Ged Lynn à la guitare et Paul Maguire à la batterie. Ils ont la ferme intention de mettre en pratique toutes leurs influences Peebles, Nuggets et autres groupes freak-beat méconnus. Pari tenu.
Weed Bus, sorti en 1991, est leur premier single.
Le rythme et le riff de guitare très entrainants, le « one-two » façon Taxman, le solo débridé qui rappelle brièvement le Responsable de Dutronc, la voix gutturale et ses « yeah-yeah-ye-ah » d’outre-tombe, les quelques larsens bien sentis, son final à la Who et tout compte fait, la bonne cohésion de cet ensemble, qui pourrait paraitre hétéroclite, font de ce court morceau de 2’13’’ mon préféré de cet énergique power trio oublié.
Alors qu’ils s’apprêtent à sortir cette première galette sur un petit label indépendant et inconnu, Imaginary Records, Go!Discs, qui a déjà dans son écurie les La’s mais aussi Paul Weller, tout fraîchement revenu des limbes variétochesques à un rock anglais de la meilleure facture, Go!Discs, donc, leur propose un contrat. Bien évidemment, les Stairs n’hésitent pas une seconde, laissent tomber Imaginary Records et signe ce contrat.
En vérité, ils doivent avoir quelques scrupules car ils sortiront quand même l’année suivante un autre single sur le petit label délaissé, une reprise de Last Time Around des Del-Vets (un hymne sixties punk présent dans de nombreuses compilations). Ils essayeront même de sortir avec eux un disque entier de reprises garage sixties mais Go!Disc y mettra le holà.
En 1992, les Stairs sortent leur seul et unique alboum, Mexican R’n’B. La pochette gaguesque rappelle plus les affiches des films des charlots qu’une pochette de disque rock. Quoique… Voyez la pochette de l’imparable Let It All Hang Out des Hombres, autre « tube » garage de 1967, elle a peut-être bien servi d’inspiration aux larrons liverpudliens férus de sixties-punk (mais peut-être m’emporte-je – de Bagnolet – et leur inspiration, c’était bien les films des Charlots ?).
Ce disque est, comme il se doit, produit en mono. « Si c’était suffisant pour Phil Spector, ça le sera certainement aussi pour nous ! » dit le fier Edgar Summertyme à l’époque.
Malgré un paquet d’autres très bons titres (Laughter In Their Eyes et son clavecin débridé, Sweet Thing et sa mélodie douce-amère, le bon solo de bandes à l’envers de Flying Machine, Right In The Back Of Your Mind et son solo déjanté de 7 minutes, le désenchanté Take No Notice Of The World Outside, l’énergie mélancolique de Mundane Mundae, le mix valse/Bo Diddley Beat de Wrap Me Round Your Finger, la sauvagerie dansante de Woman Gone And Said Goodbye, la ligne bucolo-urbaine à la Village Green Preservation de Sometimes The World Escapes Me), le disque se vendra peu et Go!Disc remercie les Stairs dès la fin 92.
Après des sessions d’enregistrement avortées (finalement sorties en 2008 sous le titre Who Is It Is et qui sonnent beaucoup plus – et même trop – hard-blues-psyché ou northern-soul) et le remplacement de Ged Lynn par deux guitaristes, les Stairs vont finalement splitter en 1994.
Au fil des ans, à l’instar de certaines pépites sixties-punk qui les ont inspirés, Mexican R’n’B et les Stairs sont devenus un album et un groupe cultes. Ce n’est que justice.
