Titre

Angliche ou ricain ?

C’était il y a 52 ans. Le tsunami psychédélique enfonce les digues du show-business de part et d’autre de l’Atlantique. La jeunesse se laisse pousser les poils, avale des acides et s’affale en tas torse-poils tandis que certains prennent des guitares et improvisent plus ou moins talentueusement des chansons qui parlent d’amour, de paix mais aussi de voix multicolores qui lancent des appels glaçants ou de rochers qui appellent à l’aide. L’ensemble renverse sur son passage le vieil establishment déjà fragilisé par les successives vagues rock’n’roll et Beat Music.

Les groupes et chanteurs qui, depuis la fin des années 50, lousent plus ou moins dans le circuit tout en parvenant à peu près à surnager, tentent alors de remonter à la surface et de surfer sur la vague multicolore et hallucinogène dans l’espoir de décrocher un hit. Aux Etats-Unis, d’anciens rockers lâchent la banane, les wap-dou-wap et les crooneries.Au Royaume-Uni, d’ancien skifflers passés par la case Beat se abandonnent les ritournelles.

Tout ce beau monde, comme un seul homme, suit la mode psychédélique. Alors ricains et angliches, c’est bonnet blanc et blanc bonnet ? Non car d’un côté les fortes racines blues se sentent toujours un peu sous le vernis arc-en-ciel et la qualité des studios de base et des techniciens qui les hantent laissant souvent un peu à désirer, le résultat sonne régulièrement garage. De l’autre, les polyphonies et contre-chants Beat ou les mélodies pour séduire les filles ressortent toujours à un moment ou à un autre et, grâce au phénoménal succès des Beatles, les équipements des studios et le professionnalisme de leurs habitants sont au top et ça s’entend.

Alors, sauras-tu reconnaitre qui est le Porridge gluant et qui est le T-bone saignant ? Qui est le costard Prince de Galles et qui est le T-shirt baskets ? Qui est le Rosbif à la menthe et qui est le sandwich à la banane ? Qui sent la jelly au lemon-curd et qui sent la bouse de vache? Bref qui est l’anglais et qui est l’américain ?

J’attends vos réponses en commentaire, de merveilleuses Compiloeb sixties-punk à télécharger pour les gagnants !

UK ou US ?
US ou UK ?

Baker Knight

Thomas Baker Knight est né à Birmingham, Alabama, en 1933. Il a appris à jouer de la guitare pendant son service militaire effectué en Allemagne. A son retour au pays, il entre à l’université d’Alabama où il étudie l’art. Influencé par les morceaux de Hank Williams (chanteur, guitariste et compositeur de country alcoolique à succès bien connu des historiens du rock), Baker commence à composer des chansons. En 1956, il monte son groupe de rock’n’roll, Baker Knight and the Knightmares. Leur deuxième single, Bring My Cadillac Back, sorti sur un petit label local, attire l’oreille de Decca qui signe un contrat au groupe et cherche à en faire un succès national. Malheureusement, la plupart des grandes radios refusent de passer le titre, pretextant qu’il s’agit d’une publicité cachée pour la marque de voitures…

Baker Knight abandonne alors son groupe et se rend à Hollywood avec 60$ en poche pour devenir star de cinéma. Ça ne marche pas, on pouvait s’y attendre, mais il rencontre Eddie Cochran et les deux rockers sympathisent. Eddie demande même à Baker de l’aider à enregistrer Summertime Blues mais Baker s’endort au studio (!!?) et lorsqu’il se réveille, la chanson est déjà en boite ! Par l’entremise de la petite amie d’Eddie Cochran, la compositrice Sharon Sheeley, Baker Knight rencontre Ricky Nelson, l’idole des jeunes pré-pubères, et il écrira plein de chansons pour lui. Une chose en entrainant une autre, Baker Knight se retrouve à composer pour le rat pack entier au début des années soixante. Frank Sinatra, Dean Martin et Sammy Davis Junior enregistrent plusieurs de ses compositions.

Pendant la vague psychédélique, il compose un titre pour le West Coast Pop Art Experimental Band. En 1970, le King himself décide de reprendre sur les scènes de Las Vegas, une chanson composée par Baker Knight, The Wonder of You. En 1976, le killer Jerry Lee Lewis massacre aussi une de ses chansons. Au final, même Bob Dylan et Paul McCartney ont chanté du Thomas Baker Knight. Mais Baker Knight voulait surtout connaitre le succès en tant que chanteur… Il n’a d’ailleurs jamais cessé de tenter sa chance puisqu’il a sorti plus d’une vingtaine de singles, au rythme presque régulier de deux galettes par an entre 1956 et 1968. Dont un des deux morceaux en écoute en 1967. L’absence de reconnaissance personnelle sera comblée par l’alcool et Baker finira par se retirer chez lui en Alabama. Il enregistrera trois albums diffusés uniquement par internet dans son home-studio avant de passer l’arme à gauche en 2005.

The Rockin’ Berries

A la fin des années cinquante, à Birmingham (cette fois en Angleterre et pas en Alabama), le guitariste Brian « Chuck » Botfield monte un petit groupe de skiffle, les Bobcats. Le surnom « Chuck » lui vient de son amour immodéré pour Chuck Berry et son groupe reprend tellement de morceaux du pionnier du rock’n’roll qu’il se rebaptise vite the Rockin’ Berries. Lorsque les Rockin’ Berries se séparent en 1960, le groupe Archimede’s Deal propose à Brian de les rejoindre. Celui-ci accepte à la condition que le groupe se rebaptise les Rockin’ Berries. Archimède accepte le deal.

Les Rockin’ Berries se produisent alors localement avec un succès de plus en plus important mais qui reste local. Après quelques mouvements de personnels au cours desquels ils dégottent un chanteur à la voix de falsetto, des séjours en Allemagne, deux singles sans grand succès chez Decca et un tout-frais contrat chez Pye, le groupe est remarqué par Kim Fowley lors d’un passage au Marquee de Londres en 1964. Oui, le producteur gourou américain incontournable de la scène underground 60’s de la côte Ouest US, Kim Fowley est en Angleterre a cette époque et il propose au Rockin’ Berries de reprendre une chanson dont les Tokens ont fait un tube aux Etats-Unis, He’s In Town. En octobre 1964, cette soupe commerciale atteint le numéro 3 des charts anglais, bien vu Kim.

En 1965, le groupe parvient à refaire deux hits mais ce bref passage dans les charts laissera assez vite la place à des spectacles de cabarets où les Rockin’ Berries font des shows qui mêlent des sketches et des imitations à la musique. Ils tournent partout dans le pays avec un succès suffisant pour les amener jusqu’au Royal Variety Performance de 1967. Aujourd’hui encore, vous pouvez, si l’envie étrange vous en prend, aller voir quatre vieux bonshommes chauves et ridés (dont l’indéboulonnable Brian « Chuck » Botfield) faire les Rockin’ Berries sur des scène de cabaret.

L’année de leur performance royale, ils enregistrent un très bon morceau à tendance psychédélique qui aurait pu leur rouvrir la route du succès si seulement un label avait senti l’utilité d’en faire un single…

Mais lequel est-ce ? Le premier ou le deuxième ?

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